À la quête du pashmina; le Kashmir, partie 2

Le pashmina véritable, entièrement fait à la main du filage au tissage, est toujours fabriqué au Kashmir. Je le sais; car j'ai vu. Lorsque j'ai été invitée par une famille productrice de pashminas à Srinagar, j'avais au début des doutes, rapidement remplacés par des attentes élevées. 

Les doutes

J’avais des doutes sur l’existence même des pashminas fabriqués manuellement. J’ai rencontré tellement de gens dans le domaine du textile en Asie qui ont essayé de me convaincre que n’importe quel produit est fabriqué à la main, ou qui ont essayé de me vendre des produits synthétiques en tant que pashmina filé à la main, que j’ai cessé de croire qu’en ces temps modernes que l’art du fait main du cachemire était toujours vivant et économiquement viable.

 

Cachemire et étole pashminaDe la matière première au produit fini; entièrement fait main

 

Les attentes

En route vers la maison, avec le fils du grand patron qui m’a accueilli à l’aéroport de Srinagar, j’étais toute pleine d’anticipation. Lorsque je visualisais la maison familiale, j’avais en tête un tableau champêtre et charmant, avec des femmes et des hommes produisant en chantant des pashminas dans un environnement idyllique, entourés de petites chèvres gambadant joyeusement dans l’herbe bien verte. Mais en réalité, rien de tel non plus.

 Kani weaver

Tisserand Kani

 

Le patrimoine du Kashmir: les châles tissés à la main

La production artisanale de châles en cachemire ultra fin, ou pashmina, existe bel et bien au Kashmir. Ainsi que tout le travail de finition et décoration pour lequel cette région est reconnue; dessins complexes avec fils fins et l’aiguille, broderie, tissage kani, sur les tissus en pashmina comme en laine de mouton. Le grand luxe, c’est la combinaison des deux; finition à l’aiguille sur châle en pashmina tissé à la main. Eh oui, cette industrie à très petite échelle est toujours bien vivante et tente autant que possible de conserver son auréole dans le monde des géants de l’industrie textile qui essaie de remplacer le fait main par les imitations produites à la machine.

 

Pashmina fait main

Sans aucun doute; un pashmina tissé à la main avec laine filée à la main

 

Une entreprise familiale

Tel que dans mes rêveries, c’est bien une entreprise familiale. Mais concernant beaucoup de familles en même temps, des milliers de familles, travaillant toutes ensemble dans un système social bien coordonné et administré par d’autres familles plus expérimentées. Un châle en pashmina implique 20 familles! Dans chacune d’elles, l’expertise est transmise de génération en génération. Les familles qui ont du succès forment de petits empires du pashmina en administrant et coordonnant le travail des familles d’artisans plus pauvres. C’est un microsystème économique qui fonctionne très bien et dépend sur le traitement équitable des artisans et une bonne solidarité entre les parties impliquées. C’est à l’image de ce qu’on attend en Occident d’un marché et produit dit équitable. Pas de grands dirigeants riches raclant tous les profits, pas d’usines, même pas de bureaux. Les travailleurs sont payés à la pièce, travaillent à leur rythme et tout se fait dans les maisons.

 

Mister Abdul Majid Beigh

Abdul Majid Beigh, un chef de famille productrice de pashmina

 

Comme pour tous les produits textiles, beaucoup d’étapes sont nécessaires à la production d’un seul pashmina. Dans l’industrie du foulard, ou l’étiquette “fait à la main” est un élément vendeur très revalorisé à travers le monde, le produit entièrement artisanal du Kashmir se trouve en haut du piédestal puisque toutes les étapes de la production s'effectuent manuellent.

 

5 pluckers"Pluckers", working together in an attic to take out imperfections from the pashminas 

 

La production manuelle de pashminas au Kashmir

La production industrielle du cachemire en Chine et de faux pashminas en Inde n’a pas tant affecté la production artisanale au Kashmir puisque ces produits sont dans un tout autre ordre de prix et catégorie. Les experts et amateurs de tissus fins ne peuvent être trompés par les faux. Et il y a une demande pour ce produit, dans le marché de luxe à travers le monde. En fait la survie de cette industrie est surtout fragilisée par le manque d’intérêt de la nouvelle génération pour apprendre ce métier. Le pashmina fait à la main est menacé de l’intérieur, par le manque potentiel d’artisans dans le futur, qui risque de briser la “chaîne de production”. Les problèmes récents qu’à connus récemment le Kashmir n’a pas aidé la population économiquement, mais n’a pas remis en question l’industrie locale du pashmina qui est en fait autosuffisante et protégée, car les étapes de production sont bien réparties géographiquement entre toutes les familles impliquées.

 

Reeled weft

Bobines avec cachemire filé à la main

 

Du sous-poil de chèvre au châle pashmina

La matière première, le sous-poil des chèvres de montagne, n’est pas menacée. Ces chèvres habitent en très haute altitude, loin des habitations, et les nomades seront toujours contents de recueillir le poil et le vendre aux villages de la vallée, à ceux qui nettoient et emballent le poil pour le faire parvenir à Srinagar. Des milliers de familles comptent sur ces livraisons, qui seront distribuées en fonction des besoins de l’administrateur. Mais avant tout, la laine doit être filée, et beaucoup de fileuses doivent travailler simultanément afin de maintenir le rythme de production. Sans fileuse, pas de pashmina à tisser.

 filage

Le filage de ce qui ressemble à une boule de poussière

 

Le filage, le maillon faible de la chaîne

Le filage manuel de la matière première est très difficile et pénible. C’est un travail de précision, qui prend du temps et est très peu satisfaisant. Les femmes filent à l’aide d’un rouet en bois traditionnel. Elles reçoivent du producteur quelques grammes de duvet qui ressemblent à une boule de poussière (ou le sous-poil qu’on retire d’un chat lorsqu’on le brosse). Après des heures de travail, elles remettent au producteur le fil sous forme de “lignes”. Le plus de “lignes” qu’elles peuvent filer, le plus fin sera le fil et meilleur son salaire, puisqu’elle est payée à la ligne. Une fileuse expérimentée qui travaille 6 heures filera 1 gramme dans une journée. Une étole en pashmina pèse 90 grammes. Alors c’est facile de calculer combien de fileuses doivent travailler en même temps pour conserver la production quotidienne des pashminas.

Les jeunes filles ne veulent pas faire le travail de leur mère. Elles préfèrent aller à l’école (et l’éducation des filles est fortement encouragée au Kashmir) et le salaire de fileuses est très peu attrayant. Sans fileuses, la production artisanale de pashminas est en grand danger d’extinction si les fileuses actuelles ne sont pas remplacées au fur et mesure qu’elles vieillissent.

 

3 drumming

Un artisan prépare le cachemire pour le métier à tisser

 

Le tissage

Le tissage est effectué par les hommes, sur des métiers en bois au mécanisme traditionnel. C’est un travail méthodique et rythmique, qui n’est pas aussi exigeant que le travail de fileuse. De plus, il est revalorisé et mieux payé, donc plus attrayant pour les jeunes hommes. De plus il y aura toujours du travail pour les tisseurs, puisqu’ils peuvent très bien tisser avec du fil filé à la machine, ce qui en fait faciliterait leur tâche même. Le fil filé à la main est plus difficile à tisser puisqu’il a tendance à casser. Le tisseur doit faire attention aux bris et réparer les fils sectionnés lorsqu’ils arrivent à son niveau. Un seul fil brisé peut compromettre tout le tissus. Par contre aucune machine ne pourrait accorder cette attention spéciale aux fils fragiles du pashmina.

 

Tisseurr

Métier à tisser traditionnel

 

Comment identifier un “vrai” pashmina?

Dans les boutiques et sur les sites web, tout ce qui ressemble de loin à un pashmina, tant par la forme que par le matériel, s’appelle pashmina ou est vendu comme “fait à la main”. Les connaisseurs savent bien reconnaître les vrais et comment les trouver. Voici quelques indications pour vous guider.

1- Premièrement, en boutique, les pashminas ne seront jamais exposés, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur ou derrière la vitrine. Les vendeurs les conservent précieusement derrière un comptoir vitré ou une valise, comme il le ferait avec des bijoux précieux.

2- Un pashmina fait main coûte très cher. C’est une vérité absolue, sans raccourci possible. Même une étole en cachemire, tissée à la machine, ne sera jamais vendue pour moins de 60$US, même en Inde. Alors imaginez le prix pour un produit entièrement fait à la main, du Kashmir..

3- La texture unique au monde. Les foulards en cachemire sont doux, même ceux en mérinos peuvent être très doux, mais rien n’arrive à la hauteur du pashmina fait main. Il est si fin, qu’il donne l’impression d’être liquide. Tenir un pashmina du Kashmir, c’est comme tenir un oiseau endormi.

4- Posez le matériel à plat et passez votre main sur sa surface. Il semblera légèrement moins doux que les imitations faits à la machine! Ceci est à cause des fils filés à la main, qui ne sont pas parfaitement réguliers.

 

Trois étoles

Lequel de ces 3 étoles est en pashmina?

 

La photo ci-dessus présente trois étoles vendues sur le marché courant en tant que pashmina. Ils n’ont pas le même type de tissage, mais pour ma démonstration ce n’est pas important. Observez le premier item; c’est le vrai pashmina en cachemire fin, tissé à la main. Le deuxième est en cachemire de Mongolie, filé à la machine en Chine et tissé au Népal. Il coûte deux fois moins que le premier. Le troisième item est en laine fine de mérinos, qui coûte deux fois moins cher que le deuxième!